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De retour dans le canton après des décennies d’absence, l’ancien pontévallois aime parfois flâner dans les
rues à la recherche de vieux souvenirs.
Si la ville telle qu’elle est aujourd’hui a su l’émerveiller, lorsqu’il est revenu, avec ses nombreux aménagements
touristiques, ses zones d’activités, elle ne lui en paraît pas moins plus froide, plus impersonnelle que dans son monde à lui.
Son monde, celui des années 1940/1950. C’était un monde figé depuis des lustres, et tout aussi dur à vivre avec
l’absence de perspectives pour sa jeunesse. Celle-ci , à l’exception de quelques-uns trouvant place dans les rares entreprises locales, devait s’expatrier quasiment en totalité. De
générations en générations.
Cette saignée dans sa population la plus dynamique et contre laquelle personne ne s’insurgeait, n’a fait que prolonger,
des années durant, l’état de léthargie dans laquelle était plongée la commune.
Mais ce monde, alors divisé en deux : les laborieux d’un côté, ouvriers, métayer, petits commerçants et la
bourgeoisie locale de l’autre, était, dans sa fraction la moins favorisée, parcouru d’un réel courant de chaleur et de fraternité.
Des quais de la Reyssouze, où oeuvraient des lavandières, à la rue Franche où résonnaient les enclumes, à deux pas des
ateliers de bourrellerie, puis à la rue Adrien-Thierry où les murs vibraient du bruit des toupies de l'ébénisterie, ce courant ne faisait qu’un.
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Et curieusement, pour celui qui l’a vécu, l’aspect même des
immeubles de la grande rue, avec leurs façades parfois un peu bancales, leurs vitrines au rez-de-chaussée, toutes habillées de bois et jusqu’aux grands trottoirs chaussés de large dalles
de pierres que les enfants s’amusaient à compter d’un bout à l’autre de la grand rue, rendait plus de chaleur que le bel agencement d’aujourd’hui.
L’hiver, ces vieilles vitrines de commerçants pauvres ou riches, étaient toutes décorées, magnifiquement, et illuminées.
Mais toutes !
Aujourd’hui, on ne ferait pas la moindre remarque sur la propreté de la ville, sur le bel agencement des quais, sur tous
ses aménagements de loisirs et ses décors. Ni sur son dynamisme économique. Sur cette surface nette. Les hommes qui l’ont tirée de son sommeil et donné plus d’espoir à ses laborieux ont
fait un bel ouvrage.
Mais où sont passées ces lumières qui, telles des fenêtres ouvertes, illuminaient les trottoirs et les quais, bien après
le repas du soir ?
La Grande rue, côté droit, de la boucherie Gentil à la rue
Richardot.
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